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Décalés ou dénonciateurs : les regards s’exposent à l’exposition du dessin de presse

Du 3 au 28 août, l’Espace REX au Pouliguen propose une exposition originale du dessin de presse. Ainsi, 21 artistes et 250 tableaux témoignent de l’importance de la satire dans la vie politique depuis des siècles. Ce n’est pas sans souligner l’engagement pour une liberté de la presse que Jean Michel Renault ouvre l’exposition et nous rappelle le parrainage de Reporters sans frontières.
Dominique Lemarié devant les dessins de l'audience d'Yvan Colonna
Dominique Lemarié devant les dessins de l'audience d'Yvan Colonna

Exceptionnellement, les toiles originales des artistes comme Aurel, Caza, Gab, Gervais, Haddad, Mofrey et bien d’autres sont mises en vente, dont 10 % au profit de Reporters sans frontières une ONG qui nous rappelle à chacun les difficultés que connaissent les journalistes et dessinateurs de presse dans le monde.
Le dessin de presse au travers de cette exposition permet d’aborder l’actualité, de faire réfléchir sur la société et d’interpeller le public sur ce métier ancien pourtant si méconnu. C’est au XIXe siècle, grâce aux progrès technologiques, que le dessin de presse devient un genre à part entière. Les premiers à user de leurs plumes et pinceaux furent les caricaturistes qui dévoilaient un regard tendre ou sévère pour éclairer les maux de l’époque.
Rendre compte de la diversité des talents était l’objectif d’une telle exposition au Pouliguen qui pour une première n’a pas lésiné sur la qualité des croquis exposés. Tout y est, de l’humour à l’art en passant par le dessin d’audience. Si 70 % des ventes vont aux artistes, 20 % au frais de l’exposition et 10 % à Reporters sans Frontières, le 10 août, Dominique Lemarié m’annonce que déjà vingt à trente dessins ont été vendus.

Rencontre avec une dessinatrice judiciaire. Dominique Lemarié : une Pouliguennaise à la plume engagée
S’il est un art qu’on ne connaît pas, c’est bien celui du dessinateur d’audience. Dominique Lemarié, une des initiatrices de cette exposition avant que Jean Michel Renault reprenne le flambeau, vit au Pouliguen et est dessinatrice judiciaire depuis déjà 38 ans. Nièce de Bob Fleischer, grand reporter de guerre américain lors du conflit Vietnamien, elle prend le large dans les années 70, pour commencer une carrière de styliste de mode. Au côté de Dorothée Bis, très vite elle se rendra compte que ce métier ne sera pas fait pour elle.
Déjà douée pour le dessin, son oncle lui propose d’offrir ses services à la télévision américaine. Ni une ni deux, pour sa première elle se retrouve dessinatrice d’audience en 1972, elle a à peine 20 ans, dans l’affaire du Watergate avec le Vice Président américain qui plaide coupable. Elle vivra aux Etats unis pendant quinze ans à dessiner les salles de tribunaux.
La particularité de son métier quand on lui demande ? C’est à travers l’aquarelle prendre l’instant car dans les salles où elle exerce son art il n’y a ni caméra ni appareil photo en vertu de la loi du 6 décembre 1954 sur la liberté de la presse. Ses seuls ennemis « le temps et la lumière ».
De retour en France à la fin des années 80, elle travaillera entre autre sur le procès de la prise d’otage de Nantes en 1987, le procès de Klaus Barbie et le procès de Maurice Papon. Si dessiner la justice est une affaire de passion pour Dominique, il va sans dire que c’est aussi une difficulté psychologique à surmonter. Souvent elle se retrouve en face de condamnés pour corruption, torture, viols et autres actes de barbaries. Comment faire alors pour continuer de croire en la justice ? Elle me répond qu’elle essaie de ne pas entendre ce qui se dit et de figer l’instant sur le papier. « L’art c’est une façon de s’échapper, et le dessin d’audience me ramène à l’horreur. »
Bien qu’elle fasse partie des trois dessinateurs judiciaires nationaux, avec Benoit Peyrucq et Sylvie Guillot, Dominique rappelle que cela reste en France un métier très précaire, rémunéré au dessin et à la commande. A chaque intervention, ils doivent toujours solliciter les accréditations auprès du président du tribunal, seul habilité à autoriser leur présence en salle d’audience. Elle ne manquera pas non plus de me souligner le peu d’importance et de crédit qu’il y a envers le dessin d’audience en France.
Aujourd’hui, Dominique travaille essentiellement pour France 2 et France 3 à qui elle vend ses aquarelles. Cependant il arrive qu’elle vende à perte comme pour le procès de Maurice Papon. En juin dernier elle couvrait le procès d’Ivan Colonna, condamné à perpétuité pour le meurtre du préfet Erignac. Ses toiles originales se retrouvent à l’exposition de l’Espace Rex au Pouliguen et sont mises en vente au profit de Reporters sans frontières.
Force est de constater que le dessin d’audience nous donne à voir les émotions d’un coupable ou d’un innocent. Dominique aura réussi à saisir le dernier instant de complicité d’Ivan Colonna avec sa femme enceinte avant que les journalistes ne s’arrachent le croquis !
Bientôt 40 ans de passion pour les salles d’audience, et Dominique n’a pas perdu l’élan qui la pousse à devenir le miroir de ces lieux fermés. Depuis quelques années, horrifiée par le procès des bébés congelés, elle cède une partie de ses droits d’auteurs à une association d’aide aux victimes : l’ADAVIP 37 (Association Départementale d’Aide aux Victimes d’Infractions Pénales). Ensemble ils ont constitué en 2010, pour les 20 ans de l’association, un recueil de paroles des différentes victimes accueillies au cours de ces années. Une marque d’engagement qui ne gâche pas le talent d’une plume qui raconte des histoires humaines.
Par chance, ses croquis sur le procès Barbie intéressent aujourd’hui le Musée de la Shoa à Washington. Plus de 30 ans après, finalement, son talent va sûrement retourner sur ses premiers pas.
 

Auteur : SD | 11/08/2011 | 0 commentaire
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