C’est un pari un peu osé qu’avait tenté la municipalité en conviant Tri Yann à la Fête de la musique. Les critiques « sur l’opportunité et le coût » d’un tel évènement n’avaient pas tardé, créant même la polémique. Compréhensible. Mais comment ne pas écrire que la partie fut bel et bien gagné par les organisateurs et le groupe, qui fête au passage ses 40 ans de carrière, à l’issue de la soirée ? D’ailleurs, Yves Lainé, le maire, croisé sur le port vers minuit, ne cachait pas sa satisfaction : « Je suis très heureux d’avoir proposé ce spectacle aux Pouliguennais et à nos visiteurs. Le concert était vraiment très bien. C’était gratuit et populaire. Les gens sont restés malgré la pluie en début de soirée. A cette heure, il n’y a aucun incident notoire à déplorer ».
Tri Yann jouit d’une telle popularité, que même sous la pluie en attendant le début du concert, peu de spectateurs ont laissé leur place pour aller se mettre à l’abri. Et voilà les phénomènes de la scène bretonne, tenue colorée et déjantée, chapeaux à plumes, sautillants et bourrés d’énergie ! Tri Yann, ce n’est pas qu’un enchaînement de chansons, c’est un spectacle. Le groupe propose, grâce au formidable talent de conteur et comédien de Jean-Louis Jossic, des moments forts en émotion et humour. Il touche la fibre bretonne qui sommeille en chacun des spectateurs avec l’histoire de Marion du Faouët. Il fait rire avec ses « bretonnités » à la marseillaise où l’exagération est aussi symbole d’humilité.
Certes l’assistance est parfois perdue, car la Bretagne ne vibre pas partout de la même façon. Sous les parapluies, quelques-uns auront pu cacher leurs larmes au moment du Bro Gozh Ma Zadou (l’hymne breton), formidablement orchestré, puissant, à faire dresser les poils et redresser les menhirs. A se sentir… Un peu plus à l’ouest. Plus « Interceltique », chaque spectateur a pu chanter « Diven an dour » (l’air de « J’ai voulu planter un oranger… »), à sa façon et se sentir pour un temps… de la famille.
Et puis, puisque c’est Tri Yann, il reste les incontournables et le carton assuré avec « La jument de Michao » et « Les prisons de Nantes ». Succès garanti. Un peu par provoc, on sort un drapeau français sur le balcon d’un appartement, en face, mais c’est plus pour danser avec le Gwen ha du, et finalement saluer la prestation de la foule, du groupe, et de l’organisation.
A toute partition son bémol : le concert de Tri Yann a sans aucun doute un peu « vampirisé » cette Fête de la musique en attirant tant de monde. Mais c’est désormais une habitude, cette manifestation s’étale sur les deux week-ends qui cernent le 21 juin. A chacun, le moment venu, d’y trouver la meilleure place.
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