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Le sapin sacrifié

Petite histoire, autour des fêtes, d’un sapin de Noël vu par les yeux d’un enfant. Conte à méditer, même si depuis l’époque évoquée, on a fait des progrès en la matière. Mais, sur le fond, rien n’a changé.

« Je n’aimais pas cette période où les jours étaient courts, le ciel pleurait sans cesse, abreuvant les quatre cornes, mouillant les carreaux de larmes, les lézards détestaient. Qui fabriquait la pluie ?
Pourtant, tout semblait joyeux en ces périodes de fête. Dans l’oubli de l’année écoulée, des peines et de celles à venir.
La salle à manger se transformait. Guirlandes et bougies. Lumières. Le Sapin roi trônait brillant de milles étoiles filantes. Sa tête penchée touchait le plafond, à l’écoute des enfants énervés.
La crèche était fabriquée avec du papier crépon marron qu’il fallait froisser pour devenir une réplique de la véritable étable où était né le petit jésus.
Les petits personnages renaissaient de leurs emballages, Joseph, Marie et les animaux : le bœuf et l’âne et une dizaine de moutons en plastique, qui au fil des ans perdaient une patte ou la tête ; au milieu, le petit premier de la famille, celui qui allait soupirer sur la croix : « Père, pourquoi m’as-tu abandonné ? ».
Puis, les trois rois mages qui avaient reçu le faire-part de naissance, mais pris du retard sur la route, étaient installés trois semaines après Noël.
Il était tranquille le sapin, le roi des forêts de la chanson, riant de voir les autres pleurer leurs feuilles mortes. Se gaussant des tempêtes qui cassaient les troncs des grands chênes, insouciant, imitant la chèvre du père Seguin qui se fichait du loup comme de sa première tétée.
 

Abattu, puis déguisé en clown

Après trois années à pousser, la quatrième le voyait avec ses frères abattus dans le grand fracas des hommes à chemise à carreaux. Armés de machines dentées, de haches et de serpettes, ils marquaient les arbres de la forêt dans le grand carnage des futaies vivantes. Les arbres criaient leur désespoir et leur envie de vivre, de ne pas être coupé, sans que nul n’entende leur plainte.
Pourtant, l’heure était venue, un dernier tour de piste aux étoiles avant de retrouver le cimetière des arbres, la cheminée où il ferait des étincelles.
Dans ce coma artificiel, il était comme la farce de la dinde, habillé pour paraître beau, je l’aimais bien ce sapin, j’allais lui chatouiller les épines, lui faire des guillis sous ses branches.
Comme je le sentais triste, je m’installais, les jambes en tailleur, juste sous lui. Je savais qu’il avait mal, sans ses racines. Qu’il allait mourir, alors, je lui racontais des histoires, il avait l’air content.
Il y avait des rires et une bûche sur la table avec des scies pour de faux, pas comme celles qui ont tué l’arbre déguisé en clown.
Il pleuvait encore et toujours les lendemains de fête.
Il avait encore pleuré dans la nuit, le tapis était recouvert de ses piquants devenus tout secs. L’heure de sa fin avait sonné, il fallait démonter les étoiles et les boules, arracher sa tunique de guirlandes, dégrafer les petites bougies pincées sur les branches.
Il laissait des grandes traînées de larmes vertes et marron sur le tapis et le parquet ciré avant d’être jeté hors de la maison comme un chien galeux et de passer à la découpe finale, sur le billot. On gardait les meilleurs morceaux pour le feu et le reste prenait le dernier train, aller simple, pour le terminus à la gare compost.
Voilà comment finissent les sapins de Noël.

Pratique :
Aujourd’hui de nombreuses villes organisent des collectes de recyclage des  vieux sapins de Noël pour en faire du compost ou du paillage.
On peut lire :http:// http://www4.agr.gc.ca/AAFC-AAC/display-afficher.do?id=1192563106435&lang=fra

 

Auteur : jrc | 17/12/2012 | 0 commentaire
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